Chasseurs d'Épaves

Wow! Félicitations pour la découverte de la Lina Gagné! J'aimerais savoir combien d'heures de recherches vous avez mis avant cette découverte?

Une question de Mylaine
de Sherbrooke

Photo de la goélette Lina Gagné

Crédits photo: Toxa

Merci pour votre commentaire! Je ne compte pas mes heures, mais je consacre en moyenne 175 heures par dossier. Cette démarche est divisée en plusieurs étapes. C’est au bout d’une longue et patiente plongée dans une masse impressionnante de documents que je suis arrivé à découvrir et identifier l’épave de la goélette Lina Gagné. Ces documents de première main sont parfois difficiles à déchiffrer et peuvent présenter des zones grises. Des pans entiers de ceux-ci sont parfois manquants! C’est pourquoi j’utilise d’autres sources historiques pour valider la véracité des données initialement recueillies. Je dois également me rendre dans des centres d’archives ou encore chez les témoins directs des évènements pour recueillir leurs témoignages. Au terme de ce processus rigoureux qui s’échelonne généralement sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois, j’ai un portrait global de la situation me permettant ainsi de cibler une position approximative ou précise de l’épave. Quand mon travail est terminé, je fais appel à mon équipe de plongeurs pour aller valider mes données historiques sur le terrain.

Au fur et à mesure de mes expériences j’ai mis en place une méthodologie de travail que je continue d’ajuster au fur et à mesure des résultats obtenus. Je compare souvent mon travail à celui d’un enquêteur. Je plonge littéralement dans les entrailles d’Internet pour avoir accès à des bases de données ou à des documents inconnus du public. C’est comme une enquête policière que je dois résoudre, mais sans témoins. Je réunis les indices afin de faire l’autopsie du naufrage. L’apport de personnes ressources pointues dans leur domaine et dévouées à la diffusion du patrimoine maritime est aussi indispensable à la réussite de mon travail.

Dans le cas de la Lina Gagné, avant même que les plongeurs entreprennent leur descente vers l’épave, j’étais convaincu à 99 % qu’il s’agissait bel et bien de l’épave de la goélette. Par contre, il fallait s’assurer que la documentation réunie à la surface correspondait à ce que les plongeurs allaient constater au fond de l’eau. De mon côté, j’avais ciblé des éléments précis (proue arrachée, présence d’un moteur, nature de la cargaison -foin- etc.) qui allaient nous permettre d’identifier formellement l’épave.

Pour être chasseur d’épaves, il faut être passionné, ambitieux, déterminé, persévérant, méthodique, rigoureux et très patient.